Le Bahr-Azoum, ce fleuve qui rythme si fortement la vie de la population du Salamat
Les eaux troubles de ce fleuve saisonnier qui prenant sa source dans le massif du Djebel Marra, au Darfour soudanais (région frontalière du Tchad) ont finalement atteint, ce jeudi 16 juillet 2026, la ville d'Am-Timan, chef-lieu de la province du Salamat. Cette arrivée est un événement d'une telle importance que, depuis plusieurs jours déjà, elle alimente les conversations dans toute la cité.
Le fleuve naît de la confluence d'une multitude de petits ruisseaux qui ne coulent que de façon saisonnière. Le Bahr-Azoum lui-même reste asséché la majeure partie de l'année, se transformant en un lit sec avant de connaître des crues spectaculaires à la saison des pluies. Une fois entré sur le territoire tchadien, il traverse la ville d'Am-Timan, puis se divise en deux bras après avoir dépassé la cité.
Ce cours d'eau représente un intérêt considérable, non seulement pour la région du Salamat, mais pour le Tchad tout entier, voire au-delà des frontières. Ses ressources halieutiques sont exploitées non seulement par la communauté locale, mais aussi par des personnes venues d'autres localités du pays, et une partie de la production est même exportée vers certains pays d'Afrique de l'Ouest.
Sur le plan agricole, ses eaux se déversent sur une grande partie de la région et irriguent les surfaces cultivables, apportant les substances utiles à la croissance des végétaux. C'est en grande partie grâce à cette irrigation naturelle que le Salamat est reconnu comme le grenier du Tchad.
Le fleuve regorge également d'importantes ressources halieutiques. La pêche y est très pratiquée par la population pendant la période de décrue. On y rencontre des pêcheurs dont certains pêchent simplement pour subvenir à leurs besoins alimentaires, tandis que d'autres en ont fait une véritable activité génératrice de revenus.
La venue des eaux constitue chaque année un véritable événement social. Le retour du fleuve attire régulièrement la population qui vient pour le contempler. Pour elle, c'est une aubaine pour toute la zone. Le cours d'eau revêt aussi une dimension symbolique et communautaire, servant par exemple de lieu de baptême pour la communauté chrétienne locale.
Le Bahr-Azoum demeure toutefois une source récurrente de risques. Ses crues et débordements ont provoqué plusieurs fois de sévères inondations à Am-Timan et dans ses environs, coupant des routes, isolant des quartiers entiers et rendant nécessaire l'usage de pirogues pour se déplacer. La même eau qui nourrit et fait vivre la région peut donc, certaines années, menacer les habitants, causant la mort de personnes et de bétail, et emportant des biens précieux.
Mahamat Abdelbanat Kourma

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